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    Bolivie : Sur les traces de Cochabamba

    Ecrit par: julien.j8s dans Environnement

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    julien.j8s
    Fin avril, des représentants de communautés paysannes et indigènes, des groupes urbains, des écologistes, des fonctionnaires gouvernementaux, des intellectuels, des militants se sont réunis à Cochabamba – qui fut il y a 10 ans le théâtre principal de la guerre pour l’eau – et ont élaboré une plate-forme commune d’analyse du changement climatique.
    [02 Juin 2010]

    Le changement climatique, cette menace qui plane sur toute l’humanité et qui, en général, se développe alors que nous sommes distraits. Le changement climatique, sur lequel pendant près de 20 ans les gouvernements – à travers une instance des Nations Unies, la Convention sur les changements climatiques – ont abondamment discuté, en s’éloignant chaque jour davantage des solutions réelles et en travaillant sur les conséquences du désastre, en observant comment nous nous en accommodons, comment nous nous y adaptons. Et en rendant ainsi le problème plus aigu.

    C’est que, en cette époque où les intérêts des entreprises progressent grâce à leur appropriation de toutes les ressources que fournit la planète à leur soif de bénéfices (terre, eau, pétrole, minéraux, plantes, gènes, etc.…), le climat aussi est devenu un produit commercial. On a inventé de fausses solutions, des solutions “de marché”.

    “Compensations” : celui qui émet beaucoup de gaz à effet de serre, facteurs du changement climatique, paie pour qu’un autre, dans le Sud, n’en rejette pas, et “compense” ainsi ses émissions sans en réduire le volume. Beaucoup d’argent pour certaines entreprises. Même un marché financier du carbone ! Et on repousse ainsi la responsabilité de stopper les émissions. Jusqu’à ce que, en décembre, dernier délai pour que les pays fixassent leurs engagements de réduction des émissions, le processus fut mis à nu, montrant que les puissants ne sont disposés à rien lâcher. Quelques rares pays, responsables historiques de la crise, tentèrent d’imposer une parodie d’accord qu’on nomma “Entente de Copenhague”. Il n’y apparaît aucune obligation, aucune mention de la responsabilité de ceux qui ont contaminé, aucun changement, mais il en ressort les pires perspectives, comme par exemple une augmentation de 4ºC de la température qui signifie une catastrophe.

    Cochabamba a été l’alternative. La Bolivie, qui fut un des rares pays à dire NON à cette parodie d’accord, a convoqué la Conférence des Peuples. Et les peuples sont venus pour appeler les choses par leur nom, pour en parler avec des noms différents de ceux des documents officiels. Et c’est ainsi qu’on a parlé de la Mère-Terre et de ses droits, du “Vivre Bien”, de la souveraineté alimentaire entendue comme le droit des peuples à contrôler leurs propres semences, leurs terres, leur eau et la production d’aliments en harmonie avec la Mère-Terre pour avoir accès à des aliments suffisants, variés et nutritifs, de la dette climatique produite par les pays considérés comme développés, de la justice restauratrice – c’est-à-dire, non seulement la compensation économique, mais aussi la restitution de leur intégrité aux personnes et aux communautés de vie sur la Terre –, d’ un tribunal qui aurait à juger des crimes commis contre le climat.

    Et les peuples parlèrent de la racine du problème : les CAUSES du changement climatique.

    L’Accord des Peuples, résultat d’un richissime travail participatif, intense, pluriel et original de 17 groupes thématiques, dit que la cause du changement climatique est la crise du système capitaliste : “Nous sommes confrontés à la crise terminale du modèle de civilisation patriarcale basé sur la soumission et la destruction des êtres humains et de la nature, qui se sont accélérées avec la révolution industrielle. Le système capitaliste nous a imposé une logique de concurrence, de progrès et de croissance illimitée. Ce régime de production et de consommation cherche le bénéfice sans limites, sépare l’homme de la nature, établit une logique de domination sur celle-ci, transforme tout en marchandise : l’eau, la terre, le génome humain, les cultures ancestrales, la biodiversité, la justice, l’éthique, les droits des peuples, la mort et la vie même”.

    Face à cela, la proposition est : “la récupération, la revalorisation et le renforcement des connaissances, des savoirs et des pratiques ancestrales des Peuples Indigènes, fermement établis sur l’expérience et le propos de Vivre Bien, en reconnaissant la Mère-Terre comme un être vivant, avec lequel nous avons une relation indivisible, complémentaire et spirituelle.
    Le modèle que nous préconisons n’est pas fait de développement destructif et/ou illimité. Les pays ont besoin de produire des biens et des services pour satisfaire les nécessités fondamentales de leur population, mais en aucun cas ils ne peuvent poursuivre leur chemin vers ce développement dans lequel les pays les plus riches laissent une empreinte écologique 5 fois supérieure à ce que la planète est capable de supporter. Actuellement, on a déjà dépassé de 30 % la capacité de la planète à se régénérer. A ce rythme de surexploitation de notre Mère-Terre, nous aurions besoin de 2 planètes à l’horizon 2030.
    Dans un système d’interdépendance dont nous, les êtres humains, sommes un des éléments, il n’est pas possible de reconnaître des droits seulement à la partie humaine du système sans déséquilibrer ce dernier tout entier. Pour garantir les droits de l’homme et rétablir l’harmonie avec la nature, il est nécessaire de reconnaître et d’appliquer effectivement les droits de la Mère-Terre”
    .

    Ceux qui contaminent doivent assumer leur responsabilité. L’Accord des Peuples exige des pays développés qu’ils réduisent d’au-moins 50% leurs émissions, et qu’ils le fassent réellement, et non pas au moyen de systèmes frauduleux “qui déguisent la non-réduction des gaz à effet de serre”, comme les marchés de carbone ou le récent mécanisme appelé REDD (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts) qui tente d’incorporer les forêts dans le marché du carbone.
    En matière de forêts, l’Accord des Peuples est catégorique quand il affirme que “la définition de forêt utilisée lors des négociations de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements  climatiques – qui inclut les plantations – est inacceptable. Les plantations en régime de monoculture ne sont pas des forêts. Par conséquent, nous exigeons une définition aux fins de négociation qui reconnaisse les forêts indigènes et la selve, et la diversité des écosystèmes de la Terre”
    .

    L’agriculture à but lucratif, une agriculture industrielle faite par et pour les affairistes agricoles, a blessé à mort la Mère-Terre et ses enfants, parce qu’elle ne respecte pas le droit à l’alimentation, et qu’elle est une des principales causes du changement climatique. L’Accord en dénonce et en combat les outils technologiques, commerciaux et politiques : les traités de libre-échange, les droits de propriété intellectuelle sur la vie, les technologies à risques comme les transgéniques, les agrocarburants, la géo-ingénierie, la nanotechnologie et autres similaires qui servent d’instruments de privatisation et “ne font que creuser la crise climatique et augmenter la faim sur la planète”.

     A Cochabamba, furent aussi présentes les contradictions internes d’un processus de changement difficile à mettre en œuvre dans un cadre de capitalisme sauvage. Diverses organisations convoquées par la fédération indigène Conseil National d’Ayllus et Markas del Qullasuyu (CONAMAQ) formèrent de façon indépendante et hors du cadre de la Conférence ce qu’elles appelèrent la « Table nº 18 », pour dénoncer les graves conflits environnementaux provoqués par des projets d’extraction et des mégaprojets d’infrastructure dans le cadre de l’Intégration de l’infrastructure régionale sud-américaine (IIRSA), qui traversent des territoires indigènes et des zones protégées fragiles. Comme résultat de ses débats, la Table a proposé au Gouvernement d’Evo Morales la suspension de toute activité ou de tout projet d’extraction qui affectent les peuples indigènes du pays. Malgré les contradictions, la Bolivie, depuis son orgueil indigène récupéré, a fait un premier pas fondamental pour que les peuples assument leur rôle face à la crise climatique. Ce pas a laissé une trace. À nous de la suivre et de l’approfondir jusqu’à en faire un chemin.
    Raquel Nuñez, WRM

     

    source : http://www.icrainternational.org/actualites/771/


    Le groupe français Louis Dreyfus en justice au Brésil

    Ecrit par: julien.j8s dans Juridique

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    julien.j8s

    ICRA News

    Fin 2008, ICRA et d'autres associations avaient lancé une campagne de soutien aux indiens Guaranis de l'Etat du Mato Grosso do Sul (MS) au Brésil travaillant pour l’industrie agroalimentaire dans des conditions très dures, parfois même à l'état de semi-esclave, et dont les emplois sont désormais menacés par la mécanisation programmé du secteur sucre-éthanol dominé au MG par le groupe français Louis Dreyfus, par le biais de sa filiale LDC Bioenergia. Nous avons appris fin 2009 que la société Dreyfus venait d'être fiscalisé par les autorités brésiliennes sur les conditions sociales des coupeurs de cannes à sucre
    Le groupe français Louis Dreyfus Commodities (LDC), propriétaire de nombreuses exploitations de canne à sucre et d’éthanol au Brésil, devra répondre des conditions de travail précaires de sa main-d’œuvre, a indiqué mercredi 25 novembre dernier la police brésilienne.
    Une opération spéciale de la police fédérale de Belo Horizonte, la capitale de l’Etat du Minas Gerais (Sud-Est), menée du 9 au 23 novembre en collaboration avec l’inspection du travail pour lutter contre le travail forcé dans les plantations de canne à sucre, a révélé que 286 travailleurs de LCD vivaient dans des conditions proches de l’esclavage, a-t-on précisé de même source. Ils n’avaient ni eau potable, ni toilettes, ni lieux de restauration, ni équipements de protection adéquats, selon la police fédérale. Les ouvriers, qui travaillaient majoritairement dans la récolte, n’avaient pas droit non plus à des pauses et leurs heures supplémentaires n’étaient pas prises en compte.
    La police fédérale a ordonné la fermeture de six des dix exploitations inspectées ainsi que d’une usine de sucre et d’éthanol que la multinationale possède à Lagoa de Prata (Minas Gerais), a rapporté le quotidien Folha de Sao Paulo. Louis Dreyfus Commodities, qui administre 340 000 hectares de terre et emploie près de 20 000 personnes dans tout le Brésil, sera poursuivie pour sous-traitance illégale de main-d’œuvre et non-respect du droit du travail, selon la police fédérale.
    Le Monde

    Pour plus d'informations

    source:

    http://www.icrainternational.org/actualites/715/


    Nigéria : le mouvement Ogoni satisfait, mais critique Shell

    Ecrit par: julien.j8s dans Environnement

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    julien.j8s

    Source : ICRA news

     http://www.icrainternational.org/actualites/670

     

    Le mouvement nigérian pour la survie du peuple Ogoni (Mosop) s'est félicité de l'accord financier conclu aux Etats-unis par la multinationale Shell pour éviter un procès sur la mort par pendaison en 1995 de l'écrivain et militant écologique Ken Saro-Wiwa.
    [08 Juillet 2009]
    Interrogé par l'AFP, un responsable du Mosop a toutefois insisté pour que la compagnie anglo-néerlandaise répare les dégâts environnementaux causés selon lui par Shell dans le delta du Niger. Nous sommes satisfaits de cette compensation de 15,5 millions de dollars pour la mort de Ken Saro-Wiwa et huit autres dirigeants Ogoni, mais Shell doit s'attaquer au problème de la pollution et de la dégradation du pays Ogoni (sud du Nigeria), a déclaré Bariara Kpalap, porte-parole du Mosop.
    Lundi, les plaignants avaient annoncé que Shell, accusée de complicité dans l'élimination de Saro-Wiwa, avait accepté de payer 15,5 millions de dollars pour régler le litige devant la justice américaine. Marco Simons, un des avocats des plaignants, a précisé qu'une partie de l'argent irait à ses clients et une autre à un fonds de soutien au peuple Ogoni, une fois les honoraires payés.
    Shell a infligé beaucoup de souffrances au peuple Ogoni. En tant que fermiers et pêcheurs, nous avons été privés de notre gagne-pain à cause de la pollution, a poursuivi Bariara Kpalap. Shell avait été contraint de se retirer du pays Ogoni en 1993 après des émeutes. Des centaines de militants du Mosop avaient manifesté devant le siège de la multinationale à Port-Harcourt (Etat de Rivers) mais le rassemblement avait été sévèrement réprimée par les forces de l'ordre nigériane.
    Pour une paix durable en pays Ogoni, Shell doit changer d'attitude: nous traiter comme des êtres civilisés et non nous exploiter, a encore déclaré le porte-parole du Mosop. Le mouvement non-violent avait été fondé par Ken Saro-Wiwa en 1993, du temps de la dictature du général Sani Abacha, pour dénoncer la pollution du delta du Niger par les grandes compagnies pétrolières étrangères. Pour les Ogoni, il était clair, après la pendaison deux ans plus tard de leur leader, que la multinationale anglo-néerlandaise et le régime militaire avaient partie liée. Shell a pour sa part toujours nié toute collusion avec la dictature du général Abacha pour protéger ses intérêts pétroliers en pays Ogoni.
    L'accord financier conclu avec les plaignants, représentés par des avocats américains des droits de l'homme du Centre pour les droits constitutionnels, lui évite en tout cas l'embarras d'un procès. La plainte avait été déposée par un groupe de victimes, dont le fils de Saro-Wiwa, sur la base d'une loi américaine remontant à 1789 qui exige des sociétés ayant une présence substantielle aux Etats-Unis qu'elles respectent les lois américaines partout dans le monde. afp

     


    L'Equateur renonce à exploiter le pétrole du Yasuni

    Ecrit par: julien.j8s dans Politique

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    julien.j8s
    Source : ICRA news
    http://www.icrainternational.org/actualites/671
     
     
    Sous la jungle, du pétrole. Faut-il l'exploiter pour assurer le développement d'un petit pays comme l'Equateur ? Faut-il le laisser sous terre pour préserver la forêt amazonienne ? La "révolution citoyenne" promise par le président de gauche Rafael Correa se veut verte : Quito vient de confirmer sa décision de ne pas exploiter les 920 millions de barils qui couvent sous le parc Yasuni. Mais le gouvernement équatorien espère une compensation financière de la communauté internationale.
    [12 Juillet 2009]
    Alors que le réchauffement climatique est devenu une priorité mondiale, nous allons éviter l'émission de 410 millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère, en laissant le pétrole sous terre”, explique Roque Sevilla, président du conseil de direction de l'initiative Yasuni-ITT - du nom des trois champs pétroliers Ishpingo, Tambococha et Tiputini. Une délégation équatorienne est venue en Europe, en Allemagne et en Grande-Bretagne, notamment à la mi-juin, pour présenter le projet.
    Servir de modèle

    Le protocole de Kyoto s'est fixé pour objectif la réduction des émissions de dioxyde de carbone. L'Equateur veut faire reconnaître la valeur de la “non émission”. L'idée est d'émettre des certificats de garantie Yasuni (CGY) et de les faire accepter sur le marché des certificats de réduction d'émission de carbone (CER). Au tarif du jour, la non exploitation de Yasuni pourrait rapporter plus de 5 milliards de dollars (3,6 milliards d'euros).

    Le parc Yasuni est une réserve inégalable de biodiversité : “1 000 espèces d'arbres dans toute l'Amérique du Nord, 1 000 espèces d'arbres par hectare du parc Yasuni”, résume M. Sevilla. Ce parc s'étend sur 950 000 hectares de forêt à la frontière péruvienne. Outre la richesse de sa flore et de sa faune, il abrite deux des derniers peuples isolés de la planète. Les Tagaeri et les Taromenane, déjà menacés par les trafiquants de bois, ne survivraient sans doute pas à l'arrivée des forages et des derricks.

    Les compagnies pétrolières jurent, elles, que les techniques propres permettent de réduire au minimum l'impact environnemental de l'extraction du brut.

    En 2007, M. Correa avait présenté aux Nations unies une première version de l'initiative Yasuni, en forme “d'ultimatum écologique”. Pour ne pas exploiter son pétrole, l'Equateur exigeait de la communauté internationale une compensation annuelle équivalente à la moitié du manque à gagner estimé pour le pays, soit 350 millions de dollars pendant treize ans. Les Etats ne se sont pas bousculés au portillon pour payer. Seul le Parlement allemand a montré un réel intérêt en votant une motion.

    Depuis, l'Equateur a adopté une nouvelle Constitution qui reconnaît des droits à la nature. Le prix du baril s'est effondré. Et Quito a peaufiné sa proposition, grâce aussi à des études de faisabilité financées par les Européens. “L'Equateur renonce une bonne fois pour toutes à exploiter le pétrole de Yasuni”, martèle M. Sevilla. Toute idée de marchandage ou d'ultimatum a disparu. Mais la volonté d'obtenir une compensation demeure.

    Il est vrai que les réserves du Yasuni représentent 20 % des réserves certifiées de brut du pays. L'Equateur, qui a réintégré l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), produit 500 000 barils par jour. Le pétrole fournit plus de la moitié de ses exportations et plus du quart des recettes de l'Etat. L'argent obtenu de la vente des CGY sera versé sur un fonds géré sous contrôle international. Il permettra de financer la politique écologique du pays et le développement social de l'Amazonie.

    La reforestation d'un million d'hectares en trente ans est inscrite au programme, ainsi qu'une stratégie d'économie et de substitution d'énergie - pour assurer, notamment, la mise en valeur des ressources géothermiques de ce pays andin riche en volcans. Selon le gouvernement, ces programmes devraient permettre d'éviter plus de 1 000 tonnes d'émission de CO2.

    En décembre, à Copenhague, l'Equateur espère servir de modèle. “L'initiative Yasuni pourrait servir de projet pilote pour renégocier et perfectionner le protocole de Kyoto”, affirme M. Sevilla, ancien maire de Quito, patron de la plus grande entreprise de tourisme du pays et écologiste. “Quand, en 1989, l'organisation Natura que je dirigeais ici a proposé le premier rachat de dette équatorienne contre nature, pour un montant de 10 millions de dollars, tout le monde nous a traités de dingues. Cela a marché”, rappelle-t-il, enthousiaste.
    Marie Delcas
    Le Monde


    "La proposition du président Correa n'est pas sincère"

    Membre du peuple quechua de Sarayaku, en Equateur, Patricia Gualinga est coordinatrice de l'Alliance des peuples amazoniens. Elle évoque le combat des Indiens au Pérou et en Equateur contre l'exploitation pétrolière. Elle ne croit pas à la sincérité de la proposition du président Rafael Correa de renoncer au pétrole du parc Yasuni pour protéger la forêt.

    La pression pétrolière est-elle forte en Amazonie ?
    Il n'y a plus une seule zone de l'Amazonie péruvienne qui n'ait pas été concédée à des compagnies par le gouvernement. Et le gouvernement péruvien vient d'adopter un décret qui porte atteinte au territoire des peuples. Pour protester, les Indiens ont bloqué les routes, donc l'exportation de pétrole, ce qui a déclenché la répression. En Equateur, dans le nord du pays, il y a beaucoup d'exploitations pétrolières. Au sud, il y a le projet de ne pas exploiter Yasuni, à condition qu'il y ait une compensation des pays consommateurs. Et encore plus au sud, de nombreux territoires ont été concédés à des compagnies. Mais l'exploitation n'a pas vraiment commencé en raison de la résistance, notamment à Sarayaku”.

    La proposition de Yasuni n'est-elle pas sincère ?
    Non. Cette proposition émane en fait des associations équatoriennes telles que Accion Ecologica, qui ont convaincu le gouvernement de la reprendre. Mais en dehors de ce projet, la politique du président Correa est la même que celle de tous les gouvernements précédents : extraire les ressources du pays et générer une économie basée sur les ressources pétrolières et minières. En fait, Sarayaku perturbe l'image progressiste de Correa.
    Contre tous les pronostics, Sarayaku a réussi à résister et à expulser l'exploitation pétrolière. Nous sommes un petit peuple d'un millier d'habitants. Depuis que Sarayaku est devenu un symbole de résistance contre le gouvernement équatorien, contre les entreprises extractrices, contre la police et les militaires
    .

    Pourquoi refusez-vous l'exploitation pétrolière ?
    Parce que nous avons une façon différente de voir notre relation à la terre et à la forêt, et la deuxième raison, c'est qu'on a vu concrètement le désastre écologique et social que provoque ailleurs l'exploitation pétrolière”.
    Propos recueillis par Hervé Kempf, le Monde

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