LES HUILEUX ET LE CO2

Ecrit par: mathurin dans Environnement

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Là c'est un article d'opinion sur un point précis mais crucial du problème pas si simple de la carburation "verte"... Depuis mes recherches sur ce sujet et mes rencontres avec les huileux , ça fait un moment que je rumine ces quelques idées !

 

Les huileux , la bagnole et le CO2

Un des points qui mérite quelques explications c’est le bilan en terme de CO2 de la carburation d’une bagnole. Et dans le cas qui nous intéresse : la comparaison entre rouler au gasoil et rouler à l’huile. Attention faut suivre, c’est pas toujours simple.

 

Prêt ? C’est parti . Donc le CO2 est un principaux responsables du réchauffement de la planète, on est d’accord ? On en parle de plus en plus et tout le monde est concerné du matin au soir … Il reste bien sûr quelques climatosceptiques, adeptes de la théorie du complot Algorienne, euh pour ceux là vous pouvez descendre ici.

Donc CO2 du matin au soir je disais... Mais savez vous vraiment combien vous cramez de CO2 avec votre jolie voiture ??

C’est marrant car depuis quelques temps, je m’amuse à poser cette question autour de moi. Résultat : un seul gars a bien estimé sa production de CO2 et la très grande majorité sous estiment d’au moins 100 fois la réalité !

Toujours avec moi pour l’explication ? Il y a des chiffres mais je vais y aller tranquillement…

Les vendeurs de voiture sont malins et quand ils parlent des émissions de CO2, ils s’expriment en grammes par kilomètre, ça fait pas beaucoup quelques grammes… Ainsi donc pour mon Espace Renault, j’émets environ 200 grammes de CO2 par kilomètre parcouru. Et en roulant avec la totalité d’un plein ? Qu’en pensez-vous ? En général j’ai des réponses qui oscillent autour de 2 ou 3 kilos…

Et bien, tenez vous bien, sur un plein qui va me permettre de faire grosso modo 1000 km, par la magie de la multiplication, on arrive bien à 200 kilos et c’est énorme ! Pour l’image, c’est comme si je sortais de mon coffre 15 bouteilles de butagaz remplies de CO2…si, si !

Quand je roule au gasoil ( ou à l’essence c’est pareil ), je libère un CO2 fossile que la nature a mis plusieurs millions d’années à stocker sous forme de pétrole. En un instant, en brûlant de l’air et du carburant, ma voiture se comporte comme une véritable usine à CO2 fossile, 200 kilos pour un plein donc.

Ça donne a réfléchir sur notre genre humain visionnaire qui en l’espace de 150 ans va réussir à remettre à l’atmosphère tout le CO2 que la terre a mis si longtemps à capter sous forme de pétrole. Géologiquement , on est entrain de craquer l’allumette. Je sais pas vous mais moi c’est le genre de constat qui m'hallucine. J'ai entendu parler d'un film qui s'appelle "la génération des hommes stupides" ou un truc comme ça... je trouve que ça nous va bien !

Bon et quand je roule à l’huile, c’est mieux ? Ben en fait, il y a polémique mais je suis convaincu que c’est mieux ! En tout cas du point de vue du CO2, il n’y a pas photo ! Bon je précise ici que quand je dis rouler à l'huile, c'est l'huile en circuit court et pas de la palme indonésienne ramenée en France ou ce genre d'horreur...

Toujours là ? alors voici l’explication.

Quand je roule à l’huile, je libère la même quantité de CO2 qu’à l’essence ou au gasoil. Pareil exactement, les mêmes 200 kilos… La grande différence c’est que je libère un CO2 qui vient d’une plante ( colza ou tournesol ) et que l’année d’après le colza repousse et re absorbe alors du CO2 via sa photosynthèse !

D’où l’expression d’énergie renouvelable. Mais là, Attention ! Car j’utilise le même argumentaire que les agrocarburants industriels. Un raccourci simpliste consiste à dire : la plante repousse et re absorbe tout le CO2 que j’ai émis en roulant… C’est faux !!! Pour faire un bilan complet, il faut bien sûr intégrer dans le calcul l’ensemble du processus qui me permet de carburer à l’huile : tracteur, moissonneuse, engrais , pressage, ect .

Et dans le cas des agrocarburants industriels, il faut ici rajouter le bilan de toutes les transformations chimiques. Pour le diester par exemple, il s’agit d’estérifier de l’huile en la faisant réagir avec du méthanol, une vacherie de produit. Ah j’oubliais ! il y aussi l’hexane ( gaz à puissant effet de serre ) qui permet par lessivage de tirer de la graine jusqu’à sa dernière goutte. Dans cette filière c’est le grand capital qui s’exprime à fond, process ultramoderne, usines qui tournent 24/24 et rentabilité maximum. Mais revenons à nos moutons…

Pour finir ce bilan complet de la plante à la roue, il faut également prendre en compte l’énergie dépensée pour le transport du carburant jusqu’au réservoir… Au final la comparaison pétrole / huile est largement en faveur de l’huile. Intuitivement c’est facile à imaginer : Si on pense à la gigantesque machinerie qu’il a fallu pour amener le gasoil jusqu’ aux réservoirs, ça fait une sacré dose d’énergie et de pollutions diverses : de la prospection à l’extraction, au raffinage en passant par le transport, le bilan du gasoil est juste catastrophique.

On parle ici de rendement énergétique. Prêt pour la définition ?

Le rendement énergétique est le rapport entre l’énergie récupérée au final et l’énergie qu’il a fallue dépenser lors de sa production. En gros : Combien il a fallu de litres de pétrole pour qu’un litre de gasoil soit disponible à la pompe ?

Eh bien pour le gasoil c’est 0,913. J’explique : pour que j’ai 0,9 litre de gasoil disponible à la pompe chez Total, il a fallu que le gentil pétrolier en dépense 1 litre en amont. En y venant par hasard, pensez-y la prochaine fois que vous allez décrocher le pistolet…

Evidemment cette énergie nécessaire pour amener le gasoil au réservoir, il faut la rajouter au bilan carbone. Vous vous souvenez, pour mon Espace Renault c’était 200 kilos de CO2 cramés pour un plein. Et bien si je fais maintenant un bilan complet, ça serait plutôt 420 kilos au final ! Waouh…soit 32 bouteilles de butagaz, je sais ça devient hard… Bienvenu dans un monde qui fait n’importe quoi !

Ces histoires de bilans énergétiques, c’est pas simple et ça fait l’objet d’études complexes, souvent sujets à controverses sur les modes de calculs. L’agro business essayant ( comme c’est étonnant ! ) de maximiser ses bénéfices environnementaux.

Alors au final , l’huile et le CO2 ? Ce qui est sûr c’est que comme produit agricole non transformé chimiquement, l’huile présente un bien meilleur bilan CO2 que les agrocarburants industriels (diester , E10) et certainement aussi que le pétrole …

De combien est l’économie réelle de CO2 sur un plein huileux ? Là il faut faire un petit calcul. Le rendement énergétique de l’huile, c’est selon les modes de production ( raffiné ou simple pression ) entre 5 et 10. Je vais être modeste et prendre l’estimation basse d’un rendement à 5. Donc pour être clair : quand je verse dans mon réservoir 5 litres d’huile de colza avec mon joli entonnoir orange, il a fallu 1 litre d’huile pour les produire… ça va au niveau du concept ?

Sur ma voiture, le bilan carbone complet d’un plein, en prenant cette hypothèse, est donc de 240 kilos de CO2 à l’huile contre 420 kilos pour le pétrole. Et ce n’est pas fini. Car il faut maintenant repenser que le CO2 que j’émets à l’huile et en partie re absorbé par la plante l’année suivante…

Si on fait la différence, le coût en CO2 fossile de mon plein à l’huile est donc de 40 kilos contre 420 kilos au gasoil ! Euréka … Avec mon vieil espace de 92, je gagne haut la main devant prius, smart et autres bagnoles modernes soit disant vertes ! 

Bon, un petit bémol quand même après cette belle découverte. En terme de gaz à effet de serre, il n’y a pas que le CO2 dans mon histoire. L’agriculture, via l’utilisation d’engrais, contribue aussi au réchauffement avec le protoxyde d’azote. De plus, je crois qu’il faut bien garder à l’esprit que l’huile ne peut être qu’une toute petite partie de la solution transport. Utilisée dans un circuit court et artisanal, elle est certes le carburant qui présente le meilleur bilan environnemental actuel. Mais si cette filière se développait trop, elle retomberait du côté des agrocarburants industriels. Et avec Diester, Ethanol et Cie, je répète que les dangers humains et écologiques sont très grands !

La seule pratique, à mon sens, qu’on devrait pousser au maximum est bien la récupération des huiles de fritures usagées. Faire les poubelles des restaurateurs pour rouler, là le rendement énergétique est au top : 16 ! Rouler avec les déchets ? à donf !

 

Voili voilou , vous en voulez encore ? Je vous conseille les travaux de l’excellent Patrick Sadones qui a fait sur ces questions un travail remarquable. Faut un peu s’accrocher mais ça vaut le détour.

 

 

Analyse de P.Sadones

Allez faites tout bien ( à vélo )